L'infirmier en service de réanimation
20 avril 2026
Découvrez le chapitre 3 de la nouvelle édition 2026 de L'infirmier(e) en service de réanimation.
Un ouvrage sous l'égide de la FNIR.
Toutes nos publications sont sur elsevier-masson.fr
Table des matières
Histoire des infirmières en réanimation, focus sur les pionnières américaines et perspectives en France aujourd’hui
PARTIE 1 — Introduction
Chapitre 1 La réanimation, qu’est-ce que c’est ?
Chapitre 2 Le tour de sécurité
Chapitre 3 Transport intrahospitalier
Chapitre 4 Organisation des services de réanimation : permanence des soins, travail en équipe, charge en soins
Chapitre 5 Vers le Green Care et un développement d’une réanimation durable
PARTIE 2 — La fonction respiratoire
Chapitre 6 L’intubation en réanimation
Chapitre 7 Surveillance de la ventilation mécanique invasive
Chapitre 8 Prévention des pneumonies acquises sous ventilation mécanique
Chapitre 9 Ventilation du syndrome de détresse respiratoire aiguë
Chapitre 10 Le décubitus ventral (DV)
Chapitre 11 L’ECMO veino-veineuse (ECMO VV)
Chapitre 12 Sevrage de la ventilation mécanique
Chapitre 13 Ventilation non invasive
Chapitre 14 L’oxygénothérapie à haut débit nasal
Chapitre 15 Le drainage thoracique
Chapitre 16 Lecture et interprétation de la gazométrie artérielle
PARTIE 3 — La fonction circulatoire
Chapitre 17 Arrêt cardiorespiratoire en réanimation
Chapitre 18 Les médicaments de l’arrêt cardiocirculatoire
Chapitre 19 Physiopathologie des états de choc et mécanismes compensateurs
Chapitre 20 États de choc en réanimation
Chapitre 21 Surveillance hémodynamique
Chapitre 22 Remplissage vasculaire
Chapitre 23 Le cathéter veineux central en réanimation
Chapitre 24 L’administration de noradrénaline en réanimation
Chapitre 25 Les relais de catécholamines
Chapitre 26 ECMO veino-artérielle
Chapitre 27 L’ECMO pédiatrique
Chapitre 28 La transfusion
Chapitre 29 Hypertension intra-abdominale et syndrome du compartiment abdominal
Chapitre 30 Principes de perfusion complexe en réanimation
PARTIE 4 — La fonction neurologique
Chapitre 31 La sédation-analgésie — Principes et évaluation
Chapitre 32 Les médicaments de la sédation-analgésie
Chapitre 33 La curarisation
Chapitre 34 Delirium de réanimation
Chapitre 35 La sédation-analgésie en pédiatrie
Chapitre 36 L’agression cérébrale aiguë
PARTIE 5 — La fonction rénale
Chapitre 37 L’épuration extrarénale en réanimation
Chapitre 38 Technique d’épuration extrarénale continue
Chapitre 39 L’hémodialyse intermittente
PARTIE 6 — La fonction digestive
Chapitre 40 Grands principes de nutrition en réanimation
Chapitre 41 Pose et gestion d’une sonde gastrique en soins critiques
Chapitre 42 Le drainage digestif
Chapitre 43 La gestion de la glycémie en réanimation
PARTIE 7 — Les soins d’hygiène et de prévention en réanimation
Chapitre 44 La toilette du patient de réanimation
Chapitre 45 Escarres en réanimation : prévention et traitement
Chapitre 46 Les contentions en réanimation
Chapitre 47 Place de la contention mécanique en pédiatrie
PARTIE 8 — La réhabilitation précoce et la kinésithérapie
Chapitre 48 Pratique infirmière en collaboration avec le kinésithérapeute de réanimation
PARTIE 9 — Mieux vivre la réanimation
Chapitre 49 La place des familles en réanimation
Chapitre 50 L’accueil de l’enfant d’un parent hospitalisé en réanimation
Chapitre 51 Mieux vivre la réa
Chapitre 52 L’unité de médecine intensive et réanimation pédiatrique (MIRP) : un lieu où la « vie » continue
PARTIE 10 — L’éthique en réanimation
Chapitre 53 Décisions des limitations et/ou arrêt des traitements
PARTIE 11 — La formation
Chapitre 54 Simulation en réanimation
Chapitre 55 Gestion du risque clinique et amélioration de la qualité des soins
Chapitre 56 Le débriefing clinique en réanimation : une pratique réflexive en équipe au service de la qualité des soins infirmiers
PARTIE 12 — L’infirmier à travers le monde
Chapitre 57 L’infirmier de réanimation à travers le monde
Chapitre 58 Infirmière en pratique avancée en réanimation, est-ce possible en France ?
Découvrez maintenant le chapitre 3
Chapitre 3
Transport intrahospitalier
J. Dauvergne, G. Decormeille
Introduction
Lors de son hospitalisation en service de réanimation, il peut être nécessaire de déplacer un patient de manière programmée ou en urgence, pour un examen d’imagerie (tomodensitométrie, imagerie par résonance magnétique…) ou pour une procédure interventionnelle (au bloc opératoire ou encore en salle de coronarographie, par exemple). L’évolution des techniques de soins a rendu le transport intrahospitalier (TIH) de plus en plus fréquent [1]. Cependant, l’éloignement du patient de l’unité de réanimation et de son environnement technique rassurant l’expose à un risque de survenue de complications liées au TIH, pouvant être parfois graves. La prévalence des événements indésirables liés au TIH, certes variables d’une étude à l’autre, reste relativement élevée, 45 % pour cette étude française [2]. Le rapport bénéfice/risque du TIH doit ou devrait être nécessairement rigoureusement évalué.
Dans un but d’amélioration de la qualité des soins, les sociétés savantes françaises de réanimation et de médecine d’urgence ont mis au point des recommandations [3] sur le TIH afin de sécuriser cette procédure. Bien sûr, chaque unité possède des particularités locales nécessitant certaines précautions, néanmoins, des règles générales de sécurité, voire de bon sens, ont pu être édictées où les maîtres mots sont l’anticipation et une organisation rigoureuse. Comment s’organiser ? Que faut-il préparer avant un TIH ? Quel(s) membre(s) de l’équipe participent au TIH ? Ce sont les questions auxquelles nous nous proposons de répondre.
En pratique
Le transport intrahospitalier, de surcroît d’un patient de réanimation, ne s’improvise pas. Une procédure institutionnelle devrait être disponible et rappeler les principes organisationnels. Une formation au TIH est d’ailleurs recommandée.
Une maîtrise du parcours du point A au point B, des couloirs et éventuellement des ascenseurs (voire un itinéraire bis en cas de panne ou de travaux ! ) est indispensable afin de parvenir à destination en toute sécurité. Il est également nécessaire de connaître la procédure d’appel à l’aide en cas d’urgence. Selon les établissements, il peut être possible d’emporter un téléphone.
Avant le transport
Il est indispensable de disposer d’un horaire de rendez-vous clair afin de pouvoir organiser un TIH le plus sécuritaire possible. Les moyens de monitorage seront adaptés au patient transporté ainsi qu’au type de TIH (distance, complexité). En effet, nul besoin de se surcharger de matériel inutile !
Dès lors qu’un patient est considéré comme à risque vital, il est recommandé qu’il soit accompagné d’un médecin expérimenté à un tel transport, comme pour le déplacement d’un patient équipé d’une assistance extracorporelle, par exemple. Il est alors conseillé dans ce cas qu’un perfusionniste se joigne à l’équipe durant toute la procédure : préparation, transport et retour en chambre.
De manière générale, il est recommandé de : • disposer d’au minimum d’une voie d’abord veineuse fonctionnelle (perméable, propre) avec une fixation sécurisée. Elle pourra d’ailleurs être renforcée pour le TIH. Repérer le site d’injection, ou le mettre en évidence, hors des draps ; • identifier clairement les pousse-seringues électriques. Les quantités seront adaptées au temps estimé de transport ; • préparer les câbles nécessaires au branchement électrique du matériel accompagnant le patient ; • prévenir une éventuelle douleur liée au TIH ainsi qu’une hypothermie, les couloirs pouvant être frais sauf si l’hypothermie est un objectif de soin ; • conserver le plus possible la position du patient dans le lit (30° par exemple) en l’allongeant au dernier moment si cela est requis ; • contrôler la pression du ballonnet de la sonde endotrachéale (cible à 20-30 cmH2O) avant le départ et au retour ; • contrôler la fixation et le repère de la sonde endotrachéale avant le départ ainsi que l’état buccal (sauf en cas d’urgence) afin de retirer au maximum la salive accumulée dans la bouche. En effet, il y a un risque d’inhalation des sécrétions avec les mobilisations et transferts, et donc de pneumonie ; • vérifier la connexion et la fixation correcte des moyens de surveillance (capteurs de pression par exemple) et les renforcer si besoin ; • avoir à disposition un BAVU (ballon autoremplisseur à valve unidirectionnelle) pour tous les transports, que le patient soit sous assistance respiratoire ou non, monté sur une bouteille d’oxygène, en vérifiant la quantité (nombre de bars restants), (voir loi de Mariotte dans l’encadré ci-dessous) ; • vérifier et emporter des piles de rechange pour le pacemaker externe si le patient en est équipé ; • emporter ou fournir les traitements indispensables à administrer durant le TIH ou le temps de la procédure interventionnelle comme les traitements antibiotiques par exemple.
Certaines équipes ont mis en place une check-list permettant de vérifier le matériel à emporter pour un TIH et de le répertorier (en cas d’oubli). Des kits de transport ont également été mis en place dans certaines unités sous forme de boîte sécurisée ou de sac à dos. Ils regroupent le matériel et les traitements jugés nécessaires à emporter. Par exemple, il est recommandé de disposer du matériel d’intubation lors du transport du patient disposant d’une ventilation mécanique invasive.
Dans le même esprit, la quantité d’oxygène emportée doit être adaptée au temps estimé de transport (voir loi de Mariotte dans l’encadré ci-dessous).
Calcul de l’autonomie d’une bouteille de gaz = loi de Mariotte
Une bouteille d’oxygène utilisée pour un TIH est de type B5, cela signifie que le volume de la bouteille est de 5 litres. La formule de calcul à utiliser est la suivante :
Nombre de litres d’O2 disponible = Volume de la bouteille (soit 5 litres) × Pression (en bar) dans la bouteille (en regardant le manomètre).
Exemple : une bouteille affichant une pression résiduelle de 125 bars : 5 (volume constant) × 125 (nombre de bars restants) = 625 litres d’O2 disponible.
Un patient ventilé à 9 l par minute et avec une FiO2 réglée à 50 % pourra alors être ventilé pendant : 625 : 9 = 69,4 min, soit ≃ 70 min (FiO2 = 100 %) et ≃ 140 min (FiO2 = 50 %).
La surveillance
En principe, la surveillance doit se poursuivre et faire l’objet d’une traçabilité durant tout le TIH. Au minimum, le patient disposera d’un monitorage électrocardiographique, de l’oxymétrie de pouls et de la pression artérielle non invasive.
Cette surveillance pourra être complétée par (figure 3.1) :
une pression artérielle invasive si le patient reçoit des catécholamines en continu ;
l’analyse du CO2 expiré peut être ajoutée sur certains ventilateurs de transport si son monitorage strict est requis. De plus, un contrôle de la PaCO2 peut être réalisé avant le TIH ;
la pression de perfusion cérébrale qui doit être poursuivie durant le TIH si sa surveillance stricte est requise.
Il est inutile de conserver le monitorage de la pression veineuse centrale durant le TIH (sauf indication contraire expresse).
Les seuils d’alarmes des différents paramètres surveillés feront l’objet d’une vérification minutieuse avant le départ ainsi qu’un calibrage des courbes si cela est nécessaire.
Figure 3.1. Un monitorage adapté au patient transporté.
Les dispositifs
De nombreux et divers dispositifs peuvent équiper un patient. Il conviendra de vider les dispositifs de recueil lorsque c’est possible : poche de recueil d’urine, poches de drainage (sites chirurgicaux, liquide de dérivation ventriculaire externe…). Certains dispositifs ne pouvant être vidés, comme les valises de drainage thoracique, il est nécessaire de les laisser, au besoin faire une marque au niveau de la quantité. Il convient ensuite de stopper la nutrition entérale au moment du départ, en étant vigilant à rincer la sonde d’alimentation et stopper l’éventuelle perfusion d’insuline.
Après le transport
La surveillance des paramètres vitaux ainsi que des éventuels événements survenus durant le TIH doivent faire l’objet d’une traçabilité rigoureuse et d’un recueil spécifique.Enfin, le matériel utilisé doit être désinfecté selon la procédure en cours dans le service et prêt à être réutilisé pour un prochain TIH (branchement sur secteur des différents équipements utilisés).
Points à retenir
TIH = anticipation.
Le TIH demande de l’organisation et de la rigueur.
S’assurer du bon horaire.
Avoir recours à une check-list.
Emmener que le strict nécessaire.
TIH et recherche paramédicale
Le TIH a fait l’objet d’une étude paramédicale sur la charge en soin en 2016, recueillant le temps passé, les ressources humaines, la charge de travail, le nombre d’événements indésirables graves [4], d’autres pourraient venir réévaluer ces données.
Références
[1] Rayeh-Pelardy F, Mimoz O. Transports intrahospitalier : de l’aéronautique à la médecine. Ann Fr Anesth Reanim 2011;30(12):875–876. [2] Parmentier-Decrucq E, Poissy J, Favory R, et al. Adverse events during intrahospital transport of critically ill patients: incidence and risk factors. Ann Intensive Care 2013;3(1):10. [3] Quenot JP, Milési C, Cravoisy A, et al. Transport intrahospitalier des patients à risque vital (nouveau-né exclu). Recommandations formalisées d’experts. Reanimation 2011;20(4):361–366. [4] Brouard F, Muller G, Michel P, et al. Étude du Transport INTrA-Hospitalier du Malade de Réanimation (TINTAHMAR). Med Intensive Réa 2016;25:161–170.
L'infirmier(e) en service de réanimation © 2026 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés, y compris ceux relatifs à la fouille de textes et de données, à l’entraînement de l’intelligence artificielle et aux technologies similaires.
L'infirmier(e) en service de réanimation FNIR (Fédération Nationale des Infirmiers de Réanimation), Guillaume Decormeille, Laurent Poiroux, Jérôme Dauvergne, Adrien Constan, Pierre-Yves Blanchard, Sabine Valera ISBN 9782294788925 2e édition, 2026
Toutes nos publications sont sur elsevier-masson.fr